L'Abbaye aux Dames de Saintes fait partie de ces lieux mystérieux qu'il faut apprivoiser pour en comprendre l'âme. Je m'en suis doucement approché, aidé en cela par le premier travail de signalétique qui m'a été confié en 2008, arpentant sa cour plans en main, ouvrant ses portes une à une, sondant ses voûtes à la recherche du secret de sa géométrie.
Le nouvel accueil
Quand l'association a décidé de me confier l'ambitieuse mission de réorganiser son accueil. L'évidence est apparue, sur les vues d'ensemble, que j'avais esquissées. Tout convergeait en cercle concentriques depuis le centre de la cour... vers le tympan de l'Abbatiale.
J'ai donc pris un compas, placé sa pointe au milieu du bâtiment situé lui même au centre de la cour et suis parti d'une idée :
Agencer le nouvel accueil sur un plan circulaire à partir du comptoir. Restait à trouver comment le concevoir et surtout le construire ...
Les formes créées directement en 3d avec mon petit ordinateur nomade, sont sorties peu à peu. D'abord vues de haut, abstraites, elles ont pris corps puis fonction, en s'appropriant semaine après semaines, le cahier des charges qui s'élaborait en même temps avec l'équipe de l'association.
Elles sont devenues meubles au printemps 2009.
Les mains talentueuses des ébénistes ont donné, en 6 mois de travail, matière et couleur à ce qui n'était que virtuel, alternant contre-plaqués cintrés de bouleau avec chants massifs et panneaux de particules monochrome rouge soulignés par un éclairage à technologie Led. La touche finale a été donnée par un jeu de nuances gris violet, soulignant ombres et lumières sur les murs et le plafond.
Les salles Florence et Marguerite
L'agencement de ces salles, s'est construit sur une démarche toute autre. Destinées à de multiples usages : réceptions, réunions, répétitions musicales ... outre la mise au normes pour l'accessibilité à tous les publics, il fallait répondre à 2 objectifs : leur donner un nouveau confort acoustique et concevoir une zone de préparation. L'esthétique en découlerait.
Tout c'est d'abord concentré sur un objectif : piéger le son. En préambule, un acousticien a identifié les différents phénomènes, de réverbération et d'écho. Une nécessité est apparue rapidement : couvrir la totalité du sol et au moins un tiers de la surface des murs de matériaux souples ou absorbants pour y parvenir. L'impossibilité d'en faire visuellement abstraction ... en a fait le sujet principal de mon travail.
C'est encore à l'aide des outils de modélisation, que j'ai comme un couturier, habillé virtuellement ces 2 salles avec des couleurs vives, jouant avec leur géométrie, sous le regard bienveillant de l'acousticien, garant du résultat. D'habiles mains ont par la suite transposé ces dessins en découpant soigneusement les revêtements choisis : mousse acoustique recouverte de tissus pour les murs et vinyle tressé monté sur caoutchouc pour le sol. La zone préparation est venue petit à petit prendre sa place entre les 2 salles, ajustée au plus près dans les espaces contraints du monument.
Des portes ont été ré-ouvertes, des entrées, des blocs sanitaires et un bar ajoutés, donnant à l'ensemble le niveau de confort et d'accessibilité attendu.
Chaises, tables et lampes créés à compte d'auteur pour l'Abbaye aux Dames de Saintes prendront place à l'ouverture pour amorcer le programme d'ameublement prévu sur le site. Ces pièces compléteront une gamme de mobilier que j'ai initiée depuis plus de 15 ans pour les monuments historiques. (Corderie Royale de Rochefort, Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignons et Abbaye de Royaumont )