Lecture musicale et musicothérapie, un témoignage à l’EHPAD de Recouvrance

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À la suite de la Lecture Musicale « Les aventures du Stradivarius Sarasate, mémoires musicales d’un violon d’exception » donnée à l’EHPAD de Recouvrance le mercredi 24 novembre, Pascal Faure, psychologue clinicien et diplômé sur les maladies neurodégénératives nous livre son témoignage et son avis d’expert.

« L’expérience d’écoute musicale à Recouvrance a démontré à quel point l’écoute de la musique vivante et en particulier le répertoire classique des cordes frottées apporte au public âgé, avec des pathologies douloureuses et/ou des troubles cognitifs et du comportement, un réconfort moral, un stimulus culturel et social ainsi qu’un apaisement des souffrances physiques et psychiques. Le spectacle a mobilisé l’attention de tous, développé la durée de la concentration, suscité l’émerveillement, encouragé le sentiment de partage, détendu les corps et les esprits. La satisfaction du public n’était pas seulement sensible dans les applaudissements et la reconnaissance exprimée aux artistes mais aussi dans la qualité des échanges entre les personnes, le calme et la sédation des plaintes habituelles. Des effets ont pu être inattendus et passer inaperçus pour les musiciennes, telle cette résidente qui préoccupe l’ensemble du personnel par l’intensité de ses hallucinations et son anorexie qui a demandé à manger deux goûters et boire un sirop dans une atmosphère de calme à la fin du concert !

C’est le témoignage qu’a aussi partagé Claire Oppert, violoncelliste diplômée du conservatoire de Moscou et musicothérapeute, dans son livre « Le pansement de Schubert », édition Denoël.

Après une formation musicale professionnelle auprès d’une élève de Rostropovitch, elle fait la rencontre de l’univers des personnes handicapées psychiques et obtient un diplôme Universitaire d’Art-thérapie de la Faculté François Rabelais de Tours. Elle a pratiqué auprès d’autistes, d’un public atteint de  troubles cognitifs majorés, en soins palliatifs. Elle a participé à une recherche entre 2013 et 2016 « Le pansement Schubert » sur 200 patients, avec la participation du CNRD (centre national de la ressource contre la douleur),  au sein de l’Unité de Soins Palliatifs de l’hôpital Sainte Périne, Paris 16°.

Les conclusions dévoilent 10 à 50 % de baisse de la douleur, 90% d’atténuation de l’anxiété, 100% d’effets positifs sur l’ambiance au travail des soignants en associant la musique vivante au moment des soins infirmiers ou en relation individuelle dans des séances régulières. Le chef de service avait synthétisé les résultats de l’étude par la formule : « 10mn de l’opus 100 de Schubert = 5mg d’Oxynorm ». Les effets ne se portaient pas seulement sur la qualité de vie des patients mais encore sur les relations professionnelles et dans l’accompagnement des familles qui pouvaient assister à des séances.

Du point de vue neurologique, ce qui peut être rapproché de ces expériences ce sont les connaissances actuelles sur le fonctionnement de notre système nerveux central et périphérique.

Le cerveau est divisé en 2 hémisphères : le gauche, aire du calcul, des comparaisons, du jugement, du langage ; le droit, aire des émotions, de l’imaginaire et du rythme.

Dans les cas de lésions dans l’hémisphère gauche, la communication, la compréhension des choses et du monde, l’orientation peuvent être altérées. La stimulation de l’hémisphère droit par la musique, comme par d’autres sollicitations sensorielles, redonne alors une connexion au monde extérieur et réorganise les sensations corporelles. Elle permet l’expression personnelle en dehors du langage parlé.

D’autre part, le cerveau sécrète des hormones, les neurotransmetteurs tels que l’ocytocine, l’endorphine, la dopamine et la sérotonine qui agissent chimiquement sur notre humeur et la douleur en nous donnant des sensations de bonheur, de tranquillité, d’analgésie, d’équilibre… De nombreuses expériences scientifiques ont montré que certaines musiques diffusées déclenchent la libération de ces hormones dans le cerveau et dans le sang, de même qu’elle peuvent améliorer les états d’agitation, voire la production laitière de certains cheptels…

Ainsi les vibrations émises par l’instrument, entrent en résonnance avec l’être biologique qui participe en écho à cette invitation bienveillante, oriente son attention et mobilise sa chimie. L’être émotionnel, lui, s’évade et communie dans la musique depuis ses origines. »